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jeudi 3 septembre 2009

Etat Critique

Les critiques de cinéma?
On peut pas les tuer quand même?

On peut, par contre, se poser une question fondamentale à leur sujet:

"les critiques de cinéma sont-il
1- achetés?
2- panurgiens?
3-globalement largués?
4- les trois?"

Avant, le doute était possible. Établir la pertinence de la question impliquait d'acheter puis de se taper tous les journaux pour dégager une tendance d'ensemble. Le plumitif interpelé par le commun avait beau jeu de renvoyer le soupçonneux à sa tourbe lectorale en exigeant des "preuves monsieur, des faits, pas des procès d'intention", avec ce sourire légèrement dédaigneux mais magnanime du zézo(zélite zotorozée) écrasant en public la gueule du misérable lombric acculturé qui aurai suggéré l'existence de fosses à merde au Parnasse. Bouche en cul de poule, sourire à l'envers, sourcil en accent circonflexe, toute la gestuelle du faux cul de basse-cour.

C'était avant.

Au même titre qu'il y a cinq siècles Gutenberg affola soudain les vendeurs de salades cléricales en offrant à chacun la possibilité de consulter les bondieuseries dans le texte original grâce à l'imprimerie, aujourd'hui, internet, d'un clic, permet des recoupements révélateurs difficilement réalisables hier. Le zézo n'est plus planqué peinard dans le petit canal de communication qu'il s'était creusé à coup de trahisons, de renoncements, de complaisance et de lèche. Fini la tour d'ivoire. Maintenant le gueux peut lui répondre, prouver qu'il réfléchit bien, voire mieux et surtout, il a la possibilité de mettre en lumière certaines zones d'ombres pudiques dans les coins douteux de la pratique médiatique.
Et pour éclairer, un des meilleurs outils, c'est la statistique, y a pas mieux. C'est capable de prouver une relation tabac-cancer alors qu'on ne peut toujours pas l'expliquer. C'est elle qui révèle le fumet putride exhalé par un quarteron d'initiés délictueux à la narine du juge hostile à la turlute politique. C'est encore elle qui ricane quand on lui parle de Sarkozy sur à peu près tous les sujets . C'est puissant la statistique. D'ailleurs les puissants la redoute tellement qu'ils essayent toujours de la tripatouiller. C'est très puissant et grâce à internet, on peut en tâter sans trop se fouler.
Alors amusons nous à appliquer un peu de stat élémentaire aux zézos de l'arbitrage d'élégance cinématographique.

Prenons deux exemples.

Le premier:
Un fleuron de l'humour français: OSS117. Personnellement j'étais sorti(et je n'étais pas le seul) de la projection du premier opus, consterné au bout de vingt minutes. Pourtant, je ne suis pas bégueule. On m'avait parlé de troisième degré mais je ne savais pas qu'il existait un troisième degré aux gros sabots si lourds qu'il ressemblait foutrement à du très mauvais premier degré. Gags grotesques, clins d'œil éléphantesques et surtout acteur indigent. Sympathique peut-être le gars Dujardin, amusant probablement dans des niaiseries télévisées de quelques secondes mais sûrement pas un acteur. Un acteur comique ne joue pas à faire le con, il fait le con. Alors qu'à chaque plan, Dujardin semble s'adresser au spectateur en lui disant: "t'as vu comme je fais bien le con?". Surjoué, nul, pas loin d'être le navet de la décennie. Aussi, m'attendais-je pour la sortie de l'opus 2, à une critique fort hétéroclite.
Ben non. Raté. Et c'est là que la statistique intervient.
J'invite chacun à se rendre sur le site "allociné", la fiche "oss117" et "critique presse". Il y a là les 28 critiques les plus en vue, du Monde aux Inrocks, des Cahiers à Première, du Figaro à l'Huma, sur tout le spectre culturel, social et politique. On parle de gens qui, souvent, octroient chichement une petite étoile à Spielberg, Almodovar ou aux frères Cohen avec des critiques acerbes et pertinentes.
Sur les 28, si 8 sont dithyrambiques, 10 mesurées, cinq gromelleuses et cinq saignantes, on peut être, je crois, rassuré et ma question préalable digne de retourner à mon infâme néant de français moisi. Si, sur les 28, 15 sont dithyrambiques, 10 franchement positives et trois dubitatives, je crois qu'on peut se poser des questions.
Et bien, pour ce navet, 25 critiques donnent trois étoiles ou plus(maxi 4) et les trois qui se contentent de deux décrètent quand même que le film est "d'une irrésistible drôlerie".........
Rajoutez à cela un battage médiatique absolument monstrueux(et couteux) et un résultat en entrée médiocre qui n'a échappé au désastre que grâce aux entrées de la première semaine(30% des entrées totales), les chiffres dégringolant exponentiellement dés la deuxième, on est en devoir de se poser des questions.
Que s'est-il passé? S'est-il agit de faire plaisir(je suis poli) aux proprios de la maison Gaumont? A-t-on suivi servilement les réquisitions pâmées des moutons en chef, tétanisé à l'idée d'être traité de plouc par leurs seigneuries à clochettes? Nos vingt huit ont-ils tous ensemble sniffé du poppers à la générale ?
Cette unanimité est évidemment suspecte.

Le second clic auquel je vous convie est sur la fiche du calamiteux dernier Eastwood, Gran Torino. Pourtant je suis(étais?) fan d'Eastwood. Un mec capable de réaliser Mistyc River, Lettre d'Iwo Jima, Impitoyable, les Routes de Madison et j'en passe, a droit au respect. Mais le respect que je dois à Clint m'oblige à dire que loin des seconds degrés que certains on voulu y voir en creusant profond(c'est fou comme c'est pratique le second degré pour un critique), ce film n'est qu'une ode au républicanisme yankee dont se réclame d'ailleurs ardemment ce réalisateur pro-bush à son heure. Tout simplement réac, démago et grotesque. Le vieux redneck bouffeur de nègres(les seuls noirs qu'on y voit sont délinquants), grossier et alcoolo, n'est finalement, pas un mauvais bougre. Sans jamais renier ses valeurs de beauf ultra frontiste , il va s'occuper du chtite niakwé et lui apprendre comment on devient un authentique prolo américain selon Clint, qui parle bagnole, vanne au raz des pâquerettes et boit de la bière dans une glacière en détestant les temps qui changent. Il va même renoncer au massacre final pour s'offrir en sacrifice à l'avenir radieux du bridé. C'est le martyr, la rédemption de saint Harry le Flingueur. Pitoyable.

Évidemment, chacun a le droit d'avoir son avis, mais là, c'est encore pire que pour OSS. Sur 28 critiques, toutes sont au dessus du trois et vingt font carrément quatre étoiles. Et les vingt huit vous vendent la même salade : Clint fait du second degré.... J'aimerai à rappeler qu'aux pires moments, sans équivoque de l'époque Dirty Harry, la critique germano-pratine, frissonnante probablement d'identification virile, chantait déjà au second degré. Quand on revoit les films aujourd'hui, on sait ce qu'il en était finalement. Tous, Libé, les Inrocks, le Monde, l'Huma, encensent ce facho au ketchup qu'ils sont pourtant impitoyables à traquer dans sa version béret-beaujolpif.

Si les critiques ne réalisent pas que leur conformisme et leur manque de courage- je n'ose évoquer une possibilité de vénalité- deviennent aisément manifestes grâce aux outils nouveaux, ils finiront comme les curés ignares et indignes de l'époque de Gutenberg, dans les poubelles de l'histoire.

A quand Luther et Calvin?